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Léavi ou le
capitalisme au service de la Aliya |
Par Yehezkel
Laing
1 juin, 2004 [
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Aliya : condition sine qua non de l'entreprise sioniste. Imaginez
maintenant qu'au lieu de devoir convaincre une seule personne de faire
sa Aliya, vous puissiez faire venir toute une société. C'est la vision
intrépide du Dr Yossef Zarka et de son organisation, Léavi (Faire
venir).
L'équipe de Léavi a recensé au cours de son travail de promotion de
la Aliya trois obstacles majeurs pour les Juifs désireux de s'installer
en Israël : les problèmes sécuritaires, le choc culturel - notamment
l'apprentissage de la langue - et le manque de travail.
"Au sujet de la sécurité, après quelques mois ici, les gens voient
que la vie se déroule normalement et finissent par ne plus s'en soucier",
explique Jérémie Kletzkine, responsable de la stratégie et de la communication
de Léavi. "Concernant la culture, les nouveaux immigrants voient qu'ils
peuvent apprendre l'hébreu rapidement, et que de nombreux Israéliens
ont un accent."
Mais il est moins évident de fournir une réponse au problème de la
pénurie de travail. Avec un taux de chômage de 11%, beaucoup de Juifs
français installés en Israël ont décidé de retourner en France pour
trouver un emploi.
Après avoir découvert que le manque de travail était l'obstacle principal
à une Aliya réussie, les dix membres de l'organisation ont conclu
en mai 2003 que le meilleur moyen de créer des emplois était de convaincre
les compagnies françaises d'installer des filiales en Israël.
Malgré un budget restreint, et composé pratiquement uniquement de
bénévoles, Léavi a réussi en moins d'un an à convaincre 23 sociétés
de mettre en place une représentation en Israël. Elle a ainsi fourni
du travail à 200 nouveaux immigrants français, ainsi qu'à quelques
Israéliens natifs, donnant du tonus à l'économie en faisant converger
sionisme et capitalisme.
"Nous espérons atteindre le chiffre de 50 compagnies l'année prochaine",
affirme fièrement Zarka. Agé de 41 ans et père de cinq enfants, Zarka
est arrivé de France en 1996. Pharmacien et toxicologiste de profession,
il est également spécialiste de réglementation scientifique. En France,
il a créé la compagnie de commerce pharmaceutique ETC, qu'il dirige
depuis Israël.
Léavi propose trois moyens pour inciter les compagnies à s'intéresser
à Israël : un travail de sous-traitance effectué sur place, l'ouverture
d'une branche ou d'une filière, et, dans l'idéal, l'installation dans
le pays de toute la compagnie.
"Plus on y pense, plus on voit qu'Israël offre des tonnes d'opportunités
aux compagnies françaises", explique Kletzkine. "Nous avons compris
que nous pouvions attirer les compagnies en Israël, non par des motivations
sionistes, mais de profit."
Membre d'une équipe particulièrement motivée, l'humble Kletzkine déborde
d'énergie. Agé seulement de 26 ans, il a fait sa Aliya il y a cinq
ans de Paris et vit depuis à Tel-Aviv. En plus de son travail à Léavi,
il possède également sa propre compagnie de création de sites Internet
(Xagoon), sa société d'identité d'entreprise et présentations multimédia
(Creopolis), et trempe dans le bio-tech avec sa société Biomed-Israel.
"Israël offre de nombreux avantages", explique Zarka. "Tout d'abord,
la main-d'oeuvre est moins chère ici qu'en France. De plus, les compagnies
françaises aspirent à travailler avec des locuteurs français ayant
la même mentalité qu'eux."
Un autre avantage, explique-t-il, est la dégradation des relations
entre la France et les Etats-Unis. "En France, il est devenu quasiment
impossible de vendre à l'Amérique en raison de l'opposition française
à la campagne américaine en Irak", assure Zarka. "Installer des filiales
en Israël permet aux compagnies françaises d'avoir une porte ouverte
sur le marché américain."
Léavi a débuté par la voie la plus simple - la sous-traitance - et
a réussi en peu de temps à convaincre 15 sociétés françaises à délocaliser
leurs travaux en Israël. Les services de comptabilité compris dans
la sous-traitance sont selon Zarka un atout pour les deux partis.
"D'un côté, il y a une pénurie de comptables en France", explique-t-il.
"De l'autre, beaucoup de nouveaux immigrants français ont du mal à
passer l'examen israélien de comptabilité en raison des problèmes
linguistiques et du besoin de réapprendre toutes les lois fiscales."
Selon l'organisation, dix compagnies françaises sous-traitent des
services de comptabilité en Israël, employant 30 comptables locaux.
Au début, les comptables ne pensaient pas pouvoir réussir à travailler
si loin de leurs clients.
"Nous avons prouvé que c'était possible", raconte Kletzkine. "Nous
avons mis à leur disposition des moyens de télécommunications. En
travaillant depuis la maison, ils évitent de payer les frais d'un
local."
Léavi propose également un logiciel adapté aux comptables travaillant
à domicile et pouvant être utilisé pour les nouveaux immigrants d'autres
pays.
Les centres d'appels représentent une autre des cordes à l'arc de
Léavi. La société a par ce biais offert du travail à de nombreux immigrants
français dans ces centres qui proposent des services de telemarketing
adaptés au marché français. Généralement, la personne appelée ignore
que les coups de fis sont passés depuis Israël.
"La minute d'appel d'Israël vers la France par Internet est de 15
agourot, soit moins qu'un appel régulier entre Jérusalem et Tel-Aviv
[35 agourot]," assure Kletzkine.
Dans une seconde étape, Léavi suggère aux compagnies non seulement
de délocaliser ici mais également d'installer une branche ou une filiale.
Parmi les sociétés ayant franchi le pas, se trouvent Logalys - société
informatique qui fabrique des groupware, Web store (vendeur d'équipement
informatique par Internet) et Prodware - intégrateur global de solutions.
La biotechnologie est un autre domaine d'activité de Léavi. L'organisation
a récemment ouvert un stand lors de la convention Biotech 2004 à Tel-Aviv,
et Léavi tente actuellement de faire venir une douzaine de compagnies
biotech en Israël.
"De nombreuses compagnies de biotech veulent faire établir leur branche
de recherche et développement en Israël", explique Kletzkine. "En
France, tout va lentement, ici il y a plus d'énergie. Les gens veulent
faire bouger les choses rapidement et sont ouverts à de nouvelles
idées."
Un des succès les plus importants de Léavi a été avec Cetonia - start-up
française de biotechnologie. L'équipe de Zarka a assuré les tâches
de pharmacovigilance, et la gestion du risque des nouveaux produits.
Ils ont également supervisé l'acquisition des accréditations pour
les médicaments destinés à être vendus dans l'Union européenne.
"Nous les avons aidés à mener une étude de trois mois sur le marché
israélien, et cela les a convaincus d'organiser un symposium à Tel-Aviv.
C'était un succès énorme - près de 100 personnes y ont participé,
dont des étrangers. Cela a ouvert tellement de portes à la compagnie
qu'ils ont décidé d'ouvrir une filiale en Israël prochainement", relate
Kletzkine.
"Nous avançons étape par étape, une opportunité en amenant une autre",
explique-t-il. "La plupart du temps, les idées viennent des clients
eux-mêmes lorsqu'ils se rendent en Israël pour se faire leur propre
opinion."
Léavi a débuté comme une banale organisation encourageant la Aliya,
ayant pour objectif d'aider les Juifs français à s'installer en Israël.
Son site Internet www.leavi.com, créé il y a quelques années, est
rapidement devenu un portail incontournable pour les immigrants français
et compte aujourd'hui 2 000 membres.
Kletzkine précise que c'est la touche individuelle qui garantit le
succès. "Les autres organisations d'Aliya parlent de généralités.
Nous nous concentrons sur le niveau personnel" , explique-t-il.
Il y a six mois, le groupe a monté une compagnie de consultation,
CIDI Solutions. "Nous nous sommes rendu compte que comme organisation
à but non lucratif, les gens nous prennent moins au sérieux, mais
en tant que compagnie, notre crédibilité a augmenté", affirme Kletzkine.
Dans sa mission de faire venir les compagnies françaises en Israël,
Léavi emploie également les services de conseils israéliens locaux.
Les villes de Beit Shemesh, Haïfa et Netanya ont toutes souscrit à
l'idée, offrant des mesures d'encouragement pour attirer les compagnies
françaises.
En plus de faire venir les firmes françaises, Léavi est également
active dans la commercialisation des produits israéliens en France
via un bureau de trois personnes à Paris.
Un des graves problèmes auxquels fait face l'organisation est le financement.
Ses revenus principaux proviennent des 300 000 dollars investis par
Zarka.
"Nous avons désespérément besoin d'aide, l'idéal serait de toucher
un financement de l'Etat", dit Kletzkine.
"Nous faisons le travail de trois ministères : celui du Travail, celui
de l'Intégration et celui de l'Industrie", ajoute Zarka.
Kletzkine attribue l'échec de l'organisation à recevoir un financement
gouvernemental au fait que l'Agence juive voit un concurrent dans
Léavi.
"Nous faisons venir à peu près le même nombre de Juifs français qu'eux",
affirme-t-il, ajoutant toutefois, "nous sommes prêts à travailler
avec tout le monde."
Michaël Jankelowitz, porte-parole de l'Agence juive, explique que
l'Agence finance plusieurs groupes de ce genre, dont AACI, Tehilla
et autres. Mais il affirme que Léavi fait payer les immigrants potentiels
pour ses services, et que cela les disqualifie pour recevoir un apport
de l'Agence juive.
Kletzkine répond que les accusations de l'Agence juive sont infondées,
et précise que c'est une tentative de délégitimiser le travail de
Léavi.
Le groupe espère étendre ses activités grâce à une campagne de grande
ampleur. "Nous faisons actuellement de la publicité dans les médias
communautaires français, comme Radio Shalom."
Léavi espère également exporter son modèle à d'autres pays. A cette
fin, le groupe est présent aux Etats-Unis et en Angleterre, et souhaite
développer un partenariat avec les groupes d'Aliya dans ces deux pays.
Aux Etats-Unis, il est déjà en contact avec l'organisation Nefesh
B'Nefesh.
Certains observateurs affirment que le phénomène Léavi est le fruit
d'une tendance émergente : une nouvelle génération d'organisations
privées prônant la Aliya et révolutionnant le sionisme, le faisant
passer d'une entreprise altruiste à une épopée capitaliste.
Un demi-million de Juifs résident actuellement en France, et nombre
d'entre eux sont de fervents supporters d'Israël. A ce titre, la France
est considérée comme la terre la plus fertile pour une Aliya de masse
en raison de la hausse de l'antisémitisme et des forts sentiments
sionistes.
"Le travail entraîne la Aliya. Si vous promettez aux gens une bonne
place et un haut standing de vie, ils viendront", explique Kletzkine.
"Avec de l'aide, nous pensons pouvoir faire venir 80 000 Olim sur
une période de cinq ans."
Fondation Leavi
26a, Emek Refaïm
Jérusalem - Israël
Tél. : 972 (0)2 566 04 87
Fax : 972 (0)2 566 04 89
Site Internet : www.leavi.com |
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